Que signifie « Bateau-mouche » ?

Un bateau-mouche est un bateau de tourisme fluvial opérant à Paris et appartenant à la société « Compagnie des Bateaux Mouches ».

Quelle est l’origine de ce nom ?

Le «bateau-mouche» est né au XIXe siècle. Mais ce n’est pas à Paris. C’est en effet à Lyon, dans le quartier de la Mouche qu’il voit le jour. Aujourd’hui le quartier s’appelle Gerland. A l’époque, ce sont les bras fluviaux du Rhône, appelés «mouches» qui ont donné leur surnom à ce quartier. Et, tout naturellement, on appela « mouches » les embarcations sorties de ses chantiers navals (Michel Félizat) au milieu du XIXe siècle.

En 1862, deux lyonnais, Plasson et Chaize obtiennent l’autorisation d’exploiter une ligne de bateaux omnibus pour le transport de passagers. Ils confient alors la construction des bateaux adaptés à cette exploitation au chantier naval Michel Félizat. C’est ainsi que le ligne de « la compagnie des mouches » est mise en service en 1863, avec cinq navires, sur la Saône, entre la Mulatière et Vaise.
Simultanément la compagnie l’Abeille ouvrait une ligne fluviale reliant le quai Saint-Antoine à Vaise. Et, un peu plus tard, en 1872, les Guêpes, des bateaux plus gros que les Mouches font leur apparition à Lyon.

bateau-mouche exposition universelle 1867

Après la mise en service de sa ligne omnibus sur la Saône, Émile Plasson eut alors une très bonne idée. En effet il répondit à un appel d’offres des organisateurs de l’Exposition universelle de 1867 pour la desserte fluviale de la ville de Paris. Et il gagna le concours. Il fallut 8 mois, 2000 employés pour fabriquer 30 bateaux. Ils arrivèrent à Paris, en passant par la Saône, le canal de Bourgogne, l’Yonne et la Seine. Ces bateaux connurent un vif succès lors de l’exposition universelle. Ils servirent en effet à transporter plus de 2,5 millions de passagers.

Première mention imprimée en 1887

bateau-mouche Paul Bert 1887

 

Paul Bert en a laissé l’une des premières mentions imprimées. C’était dans le manuel scolaire publié, à titre posthume, en 1887 « Lectures et leçons de choses ». Il les décrit ainsi: «Les bateaux-mouches qui transportent les passagers sur la Seine, dans la traversée de Paris et la banlieue, sont des bateaux à hélices mus par la vapeur. Ils contiennent de 300 à 400 personnes tant dans leur cabine que sur le pont. Par leur rapidité et le bas prix des places, ils rendent de grands services à la population parisienne.»

 

La société des bateaux-mouche

L’appellation « bateaux-mouches » se popularise au milieu du 20e siècle.

Cela débute en 1949 lorsque l’entrepreneur Jean Bruel, un ancien journaliste, décide de racheter l’un des derniers bateaux à vapeur de l’Exposition universelle. A la même époque, il rachète la société des Bateaux-Mouches, mise en liquidation. Et il propose, à bord de sa flotille, des croisières commentées sans escales, activité alors inédite.
Pour augmenter cette activité, il fait un peu de publicité. Dans ce cadre il commande un panneau destiné à signaler l’embarcadère du quai de Solférino. Par erreur le peintre écrit en lettres immenses « Société des bateaux-mouche ».
Lors d’une promenade, l’attention d’un chroniqueur littéraire est attirée par cette enseigne. Il manque en effet un « s » à « mouche ». Une bonne vieille règle grammaticale dicte en effet que l’adjectif s’accorde en genre et en nombre au nom auquel il se rapporte. Donc, un bateau-mouche, des bateaux-mouches. Il rédige un article à ce sujet dans un journal du soir.

Un joli coup marketing

Jean Bruel est alors séduit par une idée qu’on lui soumet. Et si on justifiait l’emploi du singulier sur l’enseigne par le fait que Mouche est un nom propre, celui du créateur des fameux bateaux ? Il en parle à son ami Robert Escarpit, chroniqueur du journal Le Monde. Ce dernier rédige alors la biographie de Jean-Sébastien Mouche, personnage totalement imaginaire. L’histoire ne dit pas comment le prénom fut choisi. Est-ce parce que un bateau-mouche peut être assimilé à un bac(h) ?

On attribue donc à ce Jean-Sébastien Mouche la paternité des bateaux. Mais également on fait de lui le collaborateur du baron Haussman. Et on va même plus loin en indiquant (c’est le bon mot) qu’il fut l’organisateur du corps des inspecteurs spéciaux de la police surnommés « les mouchards ».
La biographie mentionne même qu’un ancêtre de Jean-Sébastien, Nicolas Mouche prévôt de Seine sous Louis XIII, se laissa pousser une petite touffe de poils sous le menton. On la baptisa « mouche » en son honneur. Enfin, son arrière-grand-mère, Suzanne Mouche, qui fut l’une des maîtresses de Louis XV, avait été surnommée « la fine mouche ».

Le 1er avril 1953, Jean Bruel organise la cérémonie d’inauguration de son nouveau bateau le « Jean-Sébastien Mouche ». Le tout-Paris embarque. Edmond Heuzé, de l’institut de France, ravi de participer à cette farce, prononce l’éloge de jean-Sébastien Mouche.
Le ministre des transports de l’époque lève le voile sur le buste en marbre de l’illustre personnage, né en 1834 et mort en 1899. Seul l’auteur du canular sait alors que le buste provient du marché aux puces.
Les journaux publient la biographie de Jean-Sébastien Mouche en ajoutant de nombreux commentaires humoristiques. Ils apprécient le canular et l’alimentent.

bateau-mouche fluctuat nec mergitur Boris Vian

 

Lors de cette croisière inaugurale, on joue, devant les invités, la pièce de théâtre « Fluctuat nec mergitur » de Boris Vian.

 

Voilà donc une opération publicitaire rondement menée. Elle permit de justifier la faute d’orthographe qui, depuis, a bien sûr été supprimée.
Les bateaux-mouches sont à présent internationalement connus.

Autres expressions faisant mouche ?

 

Pour trouver d’autres expressions mettant la mouche en scène, cliquer sur l’illustration à gauche.

 

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