Que signifie Avoir le coup de foudre ?

Avoir le coup de foudre c’est ressentir un amour soudain et ardent pour quelqu’un.

 

Quelle est l’origine de cette expression ?

Dans son dictionnaire universel, édité en 1690, Antoine FURETIERE définit ainsi le coup de foudre :
« Se dit figurément des afflictions imprévues qui font comme des traits qui nous percent le coeur. »
Furetiere illustre ceci par l’exemple suivant :
« Quand le favory apprit la nouvelle de sa disgrâce, ce fut un coup de massue qui l’étourdit tout à fait, ce fut un coup de foudre qui l’abattit. »
On voit donc que, à la fin du 17ème siècle, ce type de foudroiement était associé à la stupeur causée par un événement inattendu et plutôt désagréable.

Ce n’est qu’à la fin du 18ème siècle que cette expression prend une dimension amoureuse. En effet, le dictionnaire de l’académie française de 1798 donne cette définition (page 606 du Tome 1) : « on appelle figurément coup de foudre la naissance subite d’un amour violent ».

Stendhal a beaucoup contribué à la diffusion de l’expression. En effet, en 1822, dans son traité psychologique « De l’Amour« , il écrit « il faudrait changer ce mot ridicule; cependant la chose existe ». Dans cet ouvrage il décrit toutes les phases de « la maladie de l’âme nommée amour ». Et le coup de foudre, première phase de ce processus, en devient un élément clé.
Ensuite, de nombreux auteurs l’on popularisé dans la littérature du 19eme siècle.

Depuis, l’expression fait partie du langage courant. elle traduit bien la décharge électrique ressentie du fait d’un amour soudain. D’ailleurs, si, initialement, la définition associée à la foudre était « décharge électrique qui se produit entre deux nuages », nous pourrions dire, par analogie, qu’il s’agit d’une décharge électrique entre deux êtres sur leur petit nuage.

 

Des exemples en littérature ?

19ème siècle

Coup de foudre - Education sentimentale - Flaubert

 

Restons au 19ème avec Flaubert dans « L’éducation sentimentale » (1869). Dans l’extrait qui suit, un jeune homme, Frédéric, rentre chez lui à Nogent. Il rencontre une femme mariée dont il tombe instantanément amoureux. L’expression coup de foudre n’est pas employée mais les mots utilisés traduisent bien l’éblouissement ressenti par le jeune homme.

« Ce fut comme une apparition :
Elle était assise, au milieu du banc, toute seule ; ou du moins il ne distingua personne, dans l’éblouissement que lui envoyèrent ses yeux. En même temps qu’il passait, elle leva la tête ; il fléchit involontairement les épaules ; et, quand il se fut mis plus loin, du même côté, il la regarda. Elle avait un large chapeau de paille, avec des rubans roses qui palpitaient au vent derrière elle. Ses bandeaux noirs, contournant la pointe de ses grands sourcils, descendaient très bas et semblaient presser amoureusement l’ovale de sa figure. Sa robe de mousseline claire, tachetée de petits pois, se répandait à plis nombreux. Elle était en train de broder quelque chose ; et son nez droit, son menton, toute sa personne se découpait sur le fond de l’air bleu..……

….. Jamais il n’avait vu cette splendeur de sa peau brune, la séduction de sa taille, ni cette finesse des doigts que la lumière traversait. ….. Quels étaient son nom, sa demeure, sa vie, son passé ? Il souhaitait connaître les meubles de sa chambre, toutes les robes qu’elle avait portées, les gens qu’elle fréquentait ; et le désir de la possession physique même disparaissait sous une envie plus profonde, dans une curiosité douloureuse qui n’avait pas de limites. »

 

20ème siècle

Dans un tout autre genre, poursuivons au milieu du 20ème avec « L’écume des jours » (1947) de Boris Vian. Ce qui est d’abord un conte est souvent présenté comme le plus poignant des romans d’amour contemporains. Dans l’extrait qui suit, on assiste à la première rencontre, lors d’une soirée, entre Colin, qui éprouve le désir de devenir amoureux, et Chloé.Il s’agit là aussi d’un coup de foudre mais décrit à la mode Vian.

« – Alise… geignit Colin, en l’enlaçant et en frottant sa joue contre les cheveux d’Alise.
– Quoi, mon vieux Colin ?
– Zut… Zut… et Bran !… Peste diable bouffre. Vous voyez cette fille là ?…
– Chloé ?…
– Vous la connaissez ?… dit Colin. Je lui ai dit une stupidité, et c’est pour ça que je m’en allais.
Il n’ajouta pas qu’à l’intérieur du thorax, ça lui faisait comme une musique militaire allemande, où l’on n’entend que la grosse caisse.
– ‘est-ce pas qu’elle est jolie ? demanda Alise.
Chloé avait les lèvres rouges, les cheveux bruns, l’air heureux et sa robe n’y était pour rien.
– Je n’oserai pas, dit Colin.

Et puis, il lâcha Alise et alla inviter Chloé. Elle le regarda. Elle riait et mit la main droite sur son épaule. Il sentait ses doigts frais sur son cou. Il réduisit l’écartement de leurs deux corps par le moyen d’un raccourcissement du biceps droit, transmis du cerveau, le long d’une paire de nerfs crâniens choisis judicieusement.
Chloé le regarda encore. Elle avait les yeux bleus. Elle agita la tête pour repousser en arrière ses cheveux frisés et brillants, et appliqua, d’un geste ferme et déterminé, sa tempe sur la joue de Colin.
Il se fit un abondant silence à l’entour, et la majeure partie du reste du monde se mit à compter pour du beurre. »

 

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