Que signifie Bayer aux corneilles ?

Bayer aux corneilles signifie « Rêvasser, rester sans rien faire en regardant en l’air ».

Quelle est l’origine de cette expression ?

Bayer ou bâiller ?

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, cette expression ne contient pas une faute d’orthographe. Elle n’a en effet aucun lien avec le fait de bâiller, lorsque l’on ressent une fatigue.
Il s’agit bien du verbe « bayer », forme ancienne du verbe béer, qui signifie « s’étonner, être bouche bée ». On trouve ce verbe avec ce sens sous la forme « baer » au 13ème siècle. C’est notamment utilisé dans « le castoiement ou instruction d’un père à son fils », poésie morale du début du 13ème siècle. Cette oeuvre figure dans « Fabliaux et contes français des 12éme, 13ème, 14ème et 15ème siècles » (1756) de Emile Barbazan : « n’est pas sens, ne cortoisie de baer en autrui meson, ne muser ». Autrement dit, le père apprend à son fils que cela ne se fait pas, lorsque l’on est chez quelqu’un, de regarder la bouche bée, de s’étonner et de perdre son temps à des riens.

Mais que viennent faire les corneilles dans cette expression ?

Il faut savoir que, aux 16ème et 17ème siècles on utilisait l’expression « voler pour corneille ». Cela faisait référence à la fauconnerie. L’oiseau de proie s’envolait parfois pour du gibier de peu de valeur. Et les corneilles en faisaient partie car étaient difficiles à attraper et offraient peu de viande à manger.
C’est d’ailleurs dans ce sens que l’utilise Pierre de Bourdeille, dit Brantôme, dans les dames galantes (sans doute écrit fin du 16ème, début du 17ème) : « Ainsi qu’il venoit un jour de voir la brunette, la blanche jalouze lui dit : Vous venez de voiler pour corneille ». La blanche jalouse reproche ici au prince une conquête amoureuse (la brunette) qui, à ses yeux, avait peu de classe et était sans doute un peu maigrichonne. Au sens figuré il avait donc volé pour corneille.

Et c’est à la même époque que l’on commence à employer l’expression « bayer aux corneilles ». On la trouve notamment dans « l’ovide bouffon ou les métamorphoses burlesques » (1649) de Luis Richer : « ils alloient bayer aux corbeilles ou gobboient des mouches, ainsi c’était les enfans sans souci. »
Cette association du mot « corneille » (chose de peu de valeur) avec le verbe bayer (être bouche bée) renforçait l’image de futilité. On restait en effet bouche bée face à quelque chose ne présentant pas d’intérêt.
Aujourd’hui l’expression se réduit plutôt à une simple rêvasserie.

Quelques exemples d’utilisation par des auteurs célèbres

  • 17ème : « Tartuffe ou l’imposteur » (1664) de Molière. Madame Pernelle donne un soufflet à Flipote, sa servante, et lui dit « Allons, vous, vous rêvez et bayez aux corneilles ».
  • 19ème : « Modeste Mignon » (1844) d’Honoré de Balzac. L’auteur y décrit la banalité d’une journée d’une illustre personne : « La plupart des gens de province ne se rendent évidemment pas un compte exact des procédés que les gens illustres emploient pour mettre leur cravate, marcher sur le boulevard, bayer aux corneilles ou manger une côtelette. »

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